L’intelligence émotionnelle

“Sans les émotions nous serions des machines et notre existence serait grise.” BORIS CYRULNIK, LES NOURRITURES AFFECTIVES

Tant de questions tournent autour des émotions : C’est quoi une émotion ? Pourquoi avons-nous des émotions ? Comment les piloter ? Comment gérer celles de mon interlocuteur ?

Et toutes ces questions se retrouvent généralement sans réponse. Et pour cause, on nous a toujours appris à se méfier de nos émotions, qu’il faut les contrôler, savoir les maîtriser et rien laisser paraître devant les gens.

Des injonctions ont façonné notre éducation, par exemple: un homme ne pleure pas, une feme ne s’énerve pas, il ne faut pas montrer sa joie en public, et bien d’autres encore.

Une autre croyance : il ne faut pas montrer ses émotions en entreprise, car elles sont incompatibles avec un travail efficace ! Effectivement, si vous êtes triste, on dira que vous êtes dépressif; si vous avez peur, on vous dira anxieux; si vous êtes en colère, on vous dira agressif. Et parfois, même votre joie pourrait être suspecte…

 

Un grand nombre de personnes pensent savoir gérer leurs émotions. Comment ? contrôler, dompter, refouler sont les maîtres mots. Seulement, à force de les contenir encore et encore, l’effet “cocotte-minute” grandit petit à petit, la goutte d’eau qui fait déborder le vase arrive et l’explosion est imminente. Coupable et honteux de notre réaction, on se promet de mieux les contrôler la prochaine fois.

 

Cependant, la situation à évoluée. Les émotions sont porteuses d’informations, et elles nous sont d’une grande utilité, notamment lors de nos prises de décisions. Il ne faut pas se battre avec elles, mais plutôt en faire nos alliées. Grâce à elles, on développe notre intelligence émotionnelle qui est la capacité à gérer ses propres émotions et celles des autres.

L’expression “intelligence émotionnelle” apparaît en 1990 grâce à deux chercheurs américains, Peter Salovey et John Mayer1. C’est en 1995 que l’expression devient populaire suite au best-seller L’Intelligence émotionnelle2 de Daniel Goleman, psychologue américain pionnier de la psychologie positive.

L’intelligence émotionnelle, ou “l’art d’utiliser ses émotions” part de soi pour ensuite pouvoir aller chez les autres. Se répartie sur deux niveaux et pour chacun, deux compétences.

Niveau 1 : intra personnelle, moi et moi :

  • la conscience de soi : reconnaître ses émotions, repérer les sensations physiques associées, les accueillir, les écouter, les nommer, comprendre l’impact qu’elles ont sur soi et identifier le besoin caché.
  • la gestion de ses émotions : réguler ses émotions, faire face à leurs manifestations perturbatrices, les canaliser, choisir les réactions qui conviennent en fonction de la situation et de l’objectif, susciter des états positifs, gérer des états émotionnels difficiles.

 

Niveau 2 : interpersonnel, moi avec les autres :

  • L’empathie : savoir reconnaître et accepter les émotions de l’autre et y faire face sans être, pour autant, dans la contagion émotionnelle. Savoir écouter avec bienveillance, comprendre ses besoins, ses points de vue.
  • L’interaction sociale : repérer les émotions de chacun, bâtir des relations constructives et de confiance en tenant compte des points de vue différents, savoir gérer tensions et conflits, faire preuve de leadership et de charisme.

 

Quand on parle de développer son intelligence émotionnelle, c’est ouvrir les portes aux émotions, leur faire de la place afin d’éviter qu’elles ne prennent le contrôle sur nous.

 

Plusieurs études ont démontrées qu’une personne (collaborateur, chef de projet, manager,…) avec un bon niveau d’intelligence émotionnelle sait faire preuve des caractéristiques suivantes :

  • Est résilient
  • Exprime ses émotions
  • Garde son sang froid
  • Se connaît et s’accepte
  • Fait preuve de curiosité envers les autres
  • S’adapte au changement
  • Fait preuve de sensibilité
  • Porte une attention sincère
  • Fait preuve d’empathie
  • A confiance en lui
  • Sait s’affirmer et dire non
  • Donner de la reconnaissance
  • Écoute son intuition
  • Est ouvert à la critique
  • Trouve les mots justes
  • Prend des décisions pertinentes …

Aujourd’hui, de nombreuses entreprises ont pour objectifs de développer les soft skills des collaborateurs.

 

La compétence qui fait la différence

Un rapport publié en 2019 « Emotional Intelligence – The essential skillset for the age of AI » de Capgemini Research Institute souligne que la demande des entreprises pour des salariés disposant d’une forte intelligence émotionnelle pourrait ainsi être multipliée par six dans les années à venir. À l’heure actuelle, 74% des cadres dirigeants et 58% des employés non-cadres interrogés pour les besoins de l’études estiment par ailleurs qu’il ne sera bientôt plus possible de faire l’impasse sur cette compétence. Les entreprises doivent désormais prioriser l’intelligence émotionnelle dans leurs activités de recrutement et formation ainsi que dans leurs valeurs.

Pour rappel :

  • Les hard skills sont les compétences techniques
  • Les soft skills sont les compétences personnelles et sociales, orientées vers les intéractions humaines.


Celles-ci font donc appel à l’intelligence émotionnelle, contrairement au quotient intellectuel, et jouent un rôle clé dans l’épanouissement d’un individu au sein de son environnement.

Être compétent professionnellement parlant et savoir gérer ses émotions et avoir un bon relationnel sont deux choses différentes. Aujourd’hui, avoir un diplôme ne suffit pas. Effectivement, quel est l’intérêt pour une entreprise de recruter un super expert si l’équipe est en souffrance et que personne n’aime travailler avec lui ? Avant, il fallait avoir fait de longues études pour avoir les connaissances, à l’heure d’internet,ce n’est plus une caractéristique distinctive car tout le monde peut trouver réponse à n’importe quelle interrogation.

Lors d’un recrutement ou d’une promotion, à compétence égale, ce sera le savoir être qui fera la différence.

De nos jours, les robots et l’intelligence artificielle sont capables de remplacer les humains dans certains domaines, les compétences comportementales prennent donc de la valeur et sont perçues comme un plus.

Les soft skills sont les compétences de l’humain : confiance en soi, créativité, communication, écoute, empathie, gestion du temps, gestion du stress, sens du collectif ,curiosité, sens critique, orientation client. Toutes ces qualités personnelles transforment un salarié lambda en collaborateur efficace, impliqué et engagé.

Vous savez quoi ? développer son intelligence émotionnelle ça s’apprend et se travaille au quotidien !

 

Testez votre intelligence émotionnelle

Lisez chaque affirmation du tableau ci-dessous et cochez celle qui vous correspond le mieux, en étant le plus sincère possible.

Je sais reconnaître dans quel état émotionnel je suis
plutôt vrai
plutôt faux
J’aime observer les gens
plutôt vrai
plutôt faux
Je sais mettre le mot juste sur les émotions des autres
plutôt vrai
plutôt faux
Je suis de nature bienveillante
plutôt vrai
plutôt faux
J’aide les autres à exprimer ce qu’ils ressentent
plutôt vrai
plutôt faux
Je ressens facilement les atmosphères et les ambiances
plutôt vrai
plutôt faux
Je sais expliquer pourquoi une personne peut avoir telle réaction ou telle émotion
plutôt vrai
plutôt faux
J’ai conscience de l’impact que j’ai sur les autres
plutôt vrai
plutôt faux
J’ai une bonne écoute
plutôt vrai
plutôt faux
Je me mets facilement à la place des autres
plutôt vrai
plutôt faux
J’accepte aisément le point de vue des autres, même s’il diffère du mien
plutôt vrai
plutôt faux
J’imagine, avant de critiquer, comment je me sentirais si je vivais cette situation
plutôt vrai
plutôt faux
Je m’abstiens de trouver des solutions pour les autres
plutôt vrai
plutôt faux
Je suis attentif aux besoins des autres
plutôt vrai
plutôt faux
J’accueille sans jugement les confidences des autres
plutôt vrai
plutôt faux
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Analyse des réponses

Comptez un point pour chaque réponse “Plutôt vrai

Si vous avez 11 points et plus : vous savez faire preuve d’intelligence émotionnelle et possédez de vrais atouts. Vous êtes apprécié de votre entourage qui aime se confier à vous. Attention toutefois à ne pas vous laisser envahir et à mettre des limites à votre souci d’empathie. Osez le dire quand vous êtes en manque de réciprocité.

Si vous avez entre 6 et 10 points : vous possédez de bonnes bases. Il est probable que votre intelligence émotionnelle varie en fonction des personnes et des sujets. Pour progresser, repérer les situations et les personnes qui vous dérangent. Prenez plus de temps pour comprendre le point de vue de l’autre et percevoir ce qui vous heurte.

Si vous avez moins de 5 points : faire preuve d’intelligence émotionnelle est difficile. Impossible pour vous de renoncer, même temporairement, à vos croyances et valeurs fortes qui ont construit ce que vous avez aujourd’hui. Peut-être votre éducation vous a-t-elle appris à laisser de côté vos émotions et celles des autres. Pour progresser, allez-y doucement.

 

Source : “Activez votre intelligence émotionnelle” de Philippe Lebreton et Patricia du Sorbier aux éditions EYROLLES

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